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Index des articles > Le village > PETITE NOTICE HISTORIQUE SUR LABOULE, JUSQU'A LA REVOLUTION


PETITE NOTICE HISTORIQUE SUR LABOULE, JUSQU'A LA REVOLUTION 

Article posté par ¥laboule.village.
Paru le vendredi 29 janvier 2016 à 11:28
Vu 1291 fois.
Note : etoiles4 (1 vote)

PETITE NOTICE HISTORIQUE SUR LABOULE, JUSQU'A LA REVOLUTION

PARTIE 1 : LE VIVARAIS AVANT D’ETRE FRANCAIS

PARTIE 2 : LABOULE ET VALGORGE JUSQU'A LA VEILLE DE LA REVOLUTION

PARTIE 3 : LABOULE PENDANT LA REVOLUTION

PARTIE 4 : LA VIE QUOTIDIENNE

Mr Gerard DEBROAS



I / LE VIVARAIS, AVANT D'ETRE FRANCAIS

La commune de Laboule dont le nom pourrait provenir de « bouleau », arbre fréquent à cet endroit, a longtemps fait partie de celle de Valgorge. Elle appartenait à l'ancien Vivarais, situé sur la rive droite du Rhône qui correspondait à peu près à ce qui est aujourd'hui le département de l'Ardèche. La paroisse de Valgorge aurait été fondée vers le VIème ou VIIème siècle. Vraisemblablement au IXème siècle, un certain Aginus donne à l'évêque de Viviers un ensemble de terres compris entre ce qui est aujourd'hui Borne, La Souche et Rocles. On parle de cette donation et de l'Eglise Saint-Martin de Valgorge dans la « Dotatio Sanctae et insiguis Ecclesiae Vivariensis », acte du Xème siècle, le plus ancien connu sur le Vivarais. Valgorge est donc un bourg important dès cette époque. Après bien des vicissitudes (appartenance au Royaume de Provence, au Royaume de Bourgogne) le Vivarais va dépendre de l'évêché de Viviers. Théoriquement l'évêque de Viviers dépend de l'empereur germanique, mais, vu l'éloignement avec celui-ci, il est quasiment indépendant, battant monnaie, prélevant péages et redevances, rendant la justice. De plus, pendant plus de deux siècles (XIème au XIIIème), l'empire d'Allemagne est très affaibli par sa lutte contre la papauté. On a donc un Vivarais quasi-indépendant sous l'autorité de l'évêque de Viviers et des principaux seigneurs locaux (les Montlaur, Cayres, Balazuc, Poitiers-Valentinois, Beaumont, Ithier de Géorand, Vogüe, Borne, Jaujac, Roche en Régnier, Adhémar de Monteil, La Gorce, etc..). A Valgorge, avant le XIVème siècle, les principaux seigneurs sont les Borne.
C'est à partir du XIIIème siècle que les rois de France vont essayer de rattacher le Vivarais à leur domaine. Ce sera le représentant du roi au Sud de la France, le sénéchal de Beaucaire qui va essayer plusieurs fois d'empiéter sur le pouvoir de l'évêque de Viviers. Dès 1229, Pélerin Latinier, sénéchal de Beaucaire, demande à l'évêque Bermond d'Anduze de se reconnaître vassal du roi de France. Devant le refus du prélat, il va même aller jusqu'à saisir plusieurs fiefs de l'évêque. Cela entraîne alors procès et enquêtes, et devant la sentence reconnaissant la dépendance du Vivarais envers le Saint Empire Germanique, le roi de France Louis IX s'incline et désavoue son sénéchal. De même en 1268, l'évêque Hugues de La Tour du Pin fit appel au pape pour dénoncer et se plaindre des agissements du sénéchal. Le pape Clément IV adressa des remontrances au roi de France Louis IX, qui, respectueux de la légalité demande à son sénéchal de respecter les droits de l'évêque. Sous le successeur de Louis IX, Philippe III, les conflits reprirent, par exemples en 1280 le sénéchal Guillaume de Ponsauran s'est présenté en force à Viviers, en 1287 l'évêque Hugues de la Tour du Pin a promis de prêter serment au roi, mais ce dernier dut s’incliner chaque fois devant les interventions du pape soutenant l'évêque qui avait le droit pour lui. Changement de décor politique à la fin du XIIIème siècle. Le comté de Toulouse vient d'être réuni à la couronne de France et Philippe IV le Bel est le nouveau roi. Appuyé par son gouvernement de légistes, il souhaite faire de la France un pays fort, centralisé, déjà moderne. De plus les scrupules ne l'arrêtent pas et il est en conflit ouvert avec le pape Boniface VIII. Les difficultés en Vivarais reprennent en 1305, l'évêque Aldebert de Payres se heurte aux représentants du roi, ses plaintes à Boniface VIII sont sans effet car Philippe le Bel refuse de reconnaître en France toute autorité temporelle au pape. Le conflit prendra de l'ampleur et sera réglé de façon radicale. Les troupes royales pénètrent en Vivarais par Pont Saint Esprit, s’emparent de Saint Just et obligent l'évêque à traiter. Dans l'accord qui sera signé, l'évêque reconnaît la suzeraineté du roi de France contre quelques concessions de ce dernier. Ainsi en 1308, le Vivarais (donc Valgorge et Laboule) devient Français.

II / LABOULE et VALGORGE jusqu'à la veille de la Révolution


A/ VALGORGE ET LABOULE : MEME COMMUNAUTE

Situés au nord-est des Cévennes, à l'Ouest du Vivarais, ces 2 paroisses devenues aujourd'hui communes mais qui n'en formaient qu'une seule jusqu'au milieu du XVIIIème siècle ont marqué l'histoire du Vivarais par le nombre de leurs habitants (très élevé avant la Révolution et surtout l’exode rural du XIXème siècle et sans commune mesure avec les chiffres d’aujourd’hui), et par l’ancienneté de leur création. En effet en 1464 Valgorge compte 110 feux, ce qui correspond à peu près à la taille de Largentière (11 smiley s8g29g.gif et de Saint Etienne de Lugdarès (94). En 1675, Valgorge compte 1500 « communiants » et est desservie par un prêtre et un vicaire alors que des bourgs comme Lablachère ou Largentière ne dépassent pas les 1000 communiants et n’ont qu’un prêtre.
On trouve plusieurs hameaux : le Vilard ou chef-lieu, Saint-Martin, Chastanet, Le Couderc, puis Laboule, Abriges, Valousset, le Monteil, le Serre.
Ce qui peut les caractériser aussi est la pauvreté de leurs ressources causée par des conditions naturelles très difficiles : pauvreté des sols, terrains escarpés, voies d’accès difficiles, habitat très dispersé...

Très tôt la paroisse de Valgorge fut une commune affranchie (sans doute dès le début du XIIIème siècle). Jusqu’à la Révolution, on retrouve divers personnages officiels :
- le seigneur, qui n’a presque pas de pouvoir politique, mais garde l’autorité et les charges de chef militaire pour la protection des habitants en temps de guerre, d’attaques et de troubles. Pour cela il perçoit certaines taxes ou prestations en plus de ses revenus fonciers (fermages, revenus d’emphytéote...) Son prestige est également considérable. De plus il a en charge la justice au plus bas niveau (justice seigneuriale). En 1762, La justice à Valgorge est sous la responsabilité du Sieur Peyret, seigneur du lieu, et est assurée par un juge, un lieutenant de juge, un procureur, un greffier, un huissier. Elle concerne les villages de Loubaresse, Valgorge, et Laboule.
- deux consuls, nommés pour un an, rééligibles par les principaux habitants de la paroisse, financièrement responsables, dont la tâche est d’administrer la commune, c’est à dire de faire accepter, de répartir, et collecter les contributions, tailles, corvées..., de veiller aux intérêts matériels, moraux de leurs administrés, de prendre et faire respecter des règlements de police, d’engager des actions en justice au nom de la collectivité. En simplifiant, leur rôle peut se résumer à celui du maire d’une commune actuelle.
- des exacteurs chargés de faire la levée de la taille contre un pourcentage qui leur revient.

Il y eut de nombreux coseigneurs à Valgorge-Laboule, les De Borne en furent les principaux, mais aussi d’autres, de moindre importance. On peut noter les D’Agrain des Hubas (leur fief principal est à Saint-Etienne de Lugdarès), les d’Arlempdes, Joannas (fief de Chastanet), les Malet (petit fief situé au Malet et au Monteil à Laboule).
Les difficultés de certains coseigneurs, les mariages, finiront par amener la présence d’un seigneur unique à Valgorge, descendant de la famille De Borne, qui aura réussi à regrouper toutes les seigneuries. Ces seigneurs, uniques à partir du XVI ème siècle sont :
- en 1522 : Barthélémy De Borne De Laugieres
- de 1566 à 1583 : François De Borne De Laugières
- jusqu’en 1625 : Annet De Borne De Laugières (son fils)
- à partir de 1625 : Anne-Charles De Borne De Laugières (son neveu)
- de 1643 à 1654 : Charles De La Fare (son gendre, époux de Jacqueline de Borne de Laugières)
- De 1654 à 1712 : Charles-Auguste De La Fare (son fils)
- De 1712 à 1728 : Philippe-Charles de La Fare
- De 1728 à 1734 : Bonnier De La Mosson (achat de la Seigneurie)
- vers 1740 : Christophe Peyret (achat)
- Milieu du XVIIIème siècle : Louis De Peyret (son fils)
- De 1778 à 1789 : Jean-Roch De Jossouin (son gendre, époux de Marie-Christine de Peyret).

Quelques remarques sur ces seigneurs de Valgorge-Laboule : Charles-Auguste De La Fare fut un mémorialiste et un poète très connu à l’époque. Il est né à Valgorge, au château de Chastanet, puis ira à Versailles à l’âge de 18 ans où il passera quelques années parmi les courtisans. Il s’engagera ensuite dans l’armée royale et prit part en 1674, à la tête de la compagnie de gendarmes du Dauphin, à la bataille de Sénef remportée par Condé. Celui-ci le complimenta pour sa vaillance. Mais, très mal vu par Louvois, il quittera la carrière militaire et mènera une vie très libertine. En 1716 sont publiés ses mémoires dans lesquelles il critique ouvertement le gouvernement de Louis XIV, notamment les persécutions contre les protestants. En 1724 sont publiées les poésies du marquis de la Fare : odes, épigrammes, madrigaux, traductions d’Horace, Virgile...
Son successeur Philippe-Charles De La Fare a vendu la seigneurie de Valgorge à Bonnier De La Mosson, riche « capitaliste » de Montpellier, qui ne résidera jamais à Valgorge et revendra assez vite la seigneurie à Christophe Peyret. Succéderont à Christophe Peyret son fils Louis puis sa petite-fille Marie-Christine mariée à Jean-Roch de Jossouin. Les Peyret et les Jossouin sont les descendants de familles de bourgeois ou de magistrats enrichies ayant acheté des seigneuries après avoir exercé des fonctions de juge, bailli, même si Jean-Balthazar De Jossouin (père de Jean-Roch) tenta de prouver que sa famille relevait d’une très ancienne noblesse en avançant que son ancêtre François De Jossouin avait été gentilhomme de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, et que la fille de ce François avait épousé Christophe D’Agrain Des Hubas « d’une très ancienne noblesse ». Jean-Roch de Jossouin résidait le plus souvent à Largentières où sa famille, qui était venue s’installer en 1604, avait occupé des fonctions de juge ou participé à la gestion municipale depuis le milieu du XVIII ème siècle. Le petit-fils de Jean-Roch de Jossouin sera Marie Jean-Charles Ovide de Jossouin, avocat, conseiller général et écrivain régional connu sous le nom d’Ovide de Valgorge, né à Chastanet et mort à l’âge de 47 ans en 1856.

Mais revenons à quelques éléments de l’histoire de Valgorge-Laboule. Ces paroisses comme toutes celles du Bas-Vivarais ont été fortement touchées par les très mauvaises conditions climatiques des années 1708/1709/1710. En 1708, la « grêle emporta tous les blés du pays en sorte qu’il ne s’en récolta presque point ». Vers la Toussaint de la même année, le gel « glaça les châtaignes aux arbres », la récolte fut minime et le peu de châtaignes ramassées ne put servir parce que gelées et gâtées. En janvier 1709, la pays connut un nouveau gel terrible qui dura presque deux mois, fit périr un grand nombre d’arbres. Le mauvais temps continua presque toute l’année 1709 et donc les récoltes furent très inférieures à celles des années précédentes. En conséquence les prix des principales denrées ont été multipliés par 3 ou 4 dans les villes (par exemple à Aubenas) et les campagnes ont connu des disettes. La situation s’aggrava en 1710 suite à une nouvelle année de mauvaises récoltes, (mais aussi parce qu’en 1709 on avait dû consommer certaines réserves de l’année 1708, notamment des châtaignes), et on en fut réduit à manger des racines de fougères, des sortes d’oseille sauvage, à faire du pain avec une espèce de « farine » faite avec des coquilles de noix pilées, etc. La mortalité augmenta fortement et on eut même par endroits des pics de taux de mortalité de 10 % pour l’année 1710. Les années suivantes verront progressivement se rétablir la situation et on peut considérer que la disette des années 1709/1710 fut la dernière dans l’histoire de France.
En 1734 a eu lieu « une vérification de l’état des communautés ». C’est un dénombrement qui donne de plus certains renseignements sur la communauté de Valgorge-Laboule. Le 30 novembre de cette année-là, des enquêteurs se sont rendus à Valgorge et ont entendu le curé, les consuls, le greffier et les « principaux habitants » de la communauté. Ils ont relevé qu’en 1731, les habitants de Valgorge avaient payé 957 livres au titre de la capitation, 959 en 1732 et 956 en 1733. Ils font observer dans leur procès-verbal que « les notaires et les bourgeois ne sont pas capités autant qu’ils devraient l’être par rapport à leur qualité et aisance ». Ensuite ils ont procédé au dénombrement des feux : 485 feux pour Valgorge avec une moyenne de 7 personnes par feu. On trouve les professions suivantes :
- seigneur du lieu : M. Bonnier de la Mosson ; absent
- gros bourgeois : 3
- procureur, huissier, notaire : 3
- négociant : 1
- artisan : 1
- ouvriers : 27
- travailleurs de terre : 38
- métayers : 5
- mesnagers (agriculteurs possédant leurs terres) : 166
- servantes : 2
- valets de labours : 3
- petits bergers : 12
- veuves : 22
- fils de famille marié ne faisant qu’un feu avec leur père : 16
Les enquêteurs ont également relevé qu’il n’y a aucun commerce et industrie dans la communauté et que la « principale récolte consiste en châtaignes et les autres productions du sol en blés, quelque peu de vin et foin ». Les enquêteurs ont signé le procès-verbal, le curé refusant de le faire disant « ne pas savoir les affaires de la communauté ».
A propos de la capitation, il faut observer qu’en 1720 Valgorge était imposé pour 917 livres, en 1733 pour 956 et en 1756 pour 1755 livres. La hausse importante de 1733 à 1756 semble être imputable à l’amélioration sensible de la situation économique, du bien-être des habitants du Vivarais entre les années 1740 et 1770.
La même année 1734 « ont été assemblés sur la place publique après la messe au son de la cloche : Annet Tressaut, bachelier es-lois, lieutenant de juge résidant à Largentière, François Jaussoin, Me Pierre Debroas, notaire royal, Laurent Alègre et Pierre Balazun, consuls, et autres.... » pour prendre connaissance, discuter des dépenses de la communauté. Ces dépenses se répartissaient ainsi :
- impositions des gages du greffier consulaire : 40 livres
- dépenses imprévues : 50 livres
- cierge pascal : 6 livres
- entretien du chemin de Chambonas au Petit Paris : 5 livres
- gages du premier et du second consul : 12 et 8 livres.
Ces dépenses feront l’objet d’observations de la part de l’administration qui fera remarquer que rien ne justifie l’achat du cierge pascal par la communauté. Celle-ci répondra que l’usage justifiait cette dépense avant de finir par la supprimer. De même la communauté faisait célébrer tous les ans une messe le jour de la Saint-Roch qui coûtait une livre. Cette dépense n’avait fait l’objet d’aucune remarque de la part de l’administration. Même si l’administration n’avait fait aucune observation concernant la dépense pour l’entretien du chemin de Chambonas au Petit Paris, en 1736, cette dépense sera supprimée car la communauté de Valgorge considérera le chemin comme « inutile »

La tradition rapporte que, au Serre d’Abriges, il y avait une sorte de grande tour où se rendait la justice seigneuriale et qui servait de prison. Au milieu de cette tour, descendait une corde qui était utilisée lors des exécutions capitales par pendaison. Bien avant la Révolution, cette tour fut ruinée, les pierres emportées à Joannas, mais il demeure des vestiges de cet édifice, notamment encore quelques grosses pierres, un linteau…

B / LA CREATION DE LA PAROISSE PUIS COMMUNE DE LABOULE

Dès le début du XVIIIème siècle les habitants de Laboule avaient manifesté leur volonté de créer leur propre paroisse, jugeant que l’église de Valgorge était trop éloignée. Ils ont donc construit leur propre église, sans participation financière des habitants de Valgorge. Le 25 août 1733 l’église fut inaugurée, placée sous le patronage de l’Immaculée Conception de la Sainte-Vierge et reçut le nom de Notre Dame de Laboule. Laboule est donc devenue une paroisse autonome.

Une vingtaine d’années avant la Révolution, les habitants de Laboule ont entrepris des démarches pour que leur communauté soit séparée de celle de Valgorge et soit autonome. Le 1 avril 1770, à midi, les habitants de Laboule s’étaient rassemblés et avaient décidé de demander la séparation d’avec Valgorge, faisant remarquer « qu’ayant fait bâtir leur propre église à leurs frais, église se trouvant à plus d’une lieu de celle de Valgorge, ils voulaient se soustraire aux dépenses de cette communauté en s’en séparant ». Les « principaux habitants » de Laboule réunis à cette assemblée étaient : Jean Debroas, Pierre Charrier, Jean Gineste, Louis Balazun, Louis Pouget, Jean Vincent, Coulomb, Mathieu, Courtine, Goutail et Durand. C’est pourquoi Mr de Lachadenède, syndic de Vivarais demanda certains renseignements au greffier de Valgorge et à Henri Marcha de Saint-Pierreville, seigneur de Joannas, car certains hameaux de ces deux localités étaient susceptibles d’appartenir à la future communauté de Laboule. D’après les réponses apportées, il ressort qu’en 1770, Valgorge et Laboule étaient sur le même compoix, que le seul Valgorge comptait 269 feux et 1500 communiants, et Laboule environ le tiers. Il est dit que Valos se trouvait à une lieue et demi de Joannas, séparé de Joannas par 3 ruisseaux (le Roubreau, le Tire-Vedel, le Salendres) mais qu’on pouvait passer par un pont, que les habitants de Valos ne pouvaient pas bénéficier du maitre d’école qui enseignait à Joannas, que Valos comptait environ 1/7 de la population de Joannas, contribuait pour 1/7 aux dépenses de la communauté et que les habitants de Valos étaient globalement plus aisés que ceux de Joannas.
En décembre 1774, les Etats du Languedoc donnaient satisfaction aux habitants de Laboule en prononçant la création d’une nouvelle communauté composée des « villages » de Laboule, Le Monteil, Abriges, le Rieu, le Serre, Valousset appartenant auparavant à la communauté de Valgorge, et Valos, et le Brau appartenant auparavant à Joannas.


C/ Quelques années avant la révolution

De 1786 à 1789, c’est Pierre Debroas, parfois dit « Le Bègue » qui occupa les fonctions de premier consul de Laboule. C’est à ce titre qu’il fit plusieurs démarches auprès de l’évêque de Viviers Charles Lafont de Savine pour l’inauguration et la bénédiction des cloches de l’église de Laboule. Ces cloches avaient été fondues par Modeste Meyrounet de Largentière. La cérémonie eut finalement lieu le 26 mai 1789 en présence de Jean-Roch De Jossouin, seigneur de Valgorge et Laboule, de André, prieur de Beaumont, André Ceysson, vicaire de Loubaresse, Jean-Pierre Sévenier, vicaire de Valgorge, Paul Experton, vicaire de Laboule et Pierre Debroas, consul de la communauté. La plus grande cloche a été baptisée « Roch », la plus petite « Christine », du nom des seigneurs de Valgorge Jean-Roch de Jossouin et de son épouse née Christine de Peyret. Cette dernière étant absente, c’est Elizabeth Sévenier qui « tint sa place ». Une interrogation subsiste à propos de ces cloches. En effet les cloches actuelles ont été installées à la fin du XIXème siècle. Que sont donc devenues les cloches de 1789 ? Ou bien est-ce que les cloches actuelles sont celles de 1789 qui auraient été restaurées puis réinstallées à la fin du XIXème siècle ? Toujours est-il que l’on peut voir au petit clocher de l’église de Laboule une petite pierre scellée portant l’inscription 1789 et qui rappelle l’événement. Albin Mazon fait remarquer que les cloches de Laboule furent sauvées de la destruction sous la révolution grâce aux mauvais chemins qui ont empêché qu’elles fussent amenées pour être fondues à Largentière. Mais il parle de 3 cloches alors que deux seulement furent baptisées en 1789 et qu’actuellement il n’en existe que deux.

On connaît à peu près la population de Laboule et le nombre de ménages avant la Révolution grâce au travail effectué par l’abbé Gineste, originaire de Laboule puis professeur au collège de Bourg Saint-Andéol qui était revenu à la fin de sa vie dans son village d’origine où il exerça la fonction de vicaire jusqu’à son décès vers 1875. Cet abbé Gineste a retracé la généalogie de tous les habitants de Laboule depuis 1638, répertorié toutes les maisons avec leurs propriétaires successifs, et a noté des faits locaux détaillés. Voici le recensement de la population tel qu’il fut établi par l’abbé Gineste.

ANNEE 1593 1638 1694 1701 1732 1788
Ménages 133 125 144 145 140 133
Population 666 765 698 727 804

III / LABOULE PENDANT LA REVOLUTION

Les travaux de l’abbé Gineste indiquent une population d’environ 130 ménages et 800 personnes juste avant la Révolution (soit 6,1 personnes par ménage). Il faut remarquer qu’au XIX ème siècle le nombre de ménages ainsi que la population augmenteront fortement puisque le maximum sera atteint vers 1850 avec 220 ménages et 1051 habitants (soit 4,8 personnes par ménage). Cette diminution du nombre de personnes par ménage peut s’expliquer par les lois sur les héritages obligeant à partager égalitairement les biens (on réduit le nombre de naissances pour éviter de trop avoir à morceler les terres et bâtiments) et par la forte baisse de la mortalité rendant moins nécessaire un nombre d’enfants élevés pour assurer la descendance. Par la suite la population connaîtra l’exode rural et la population de Laboule chutera puisqu’elle n’est plus aujourd’hui que d’une centaine d’habitants.


A / LA REVOLUTION A LABOULE
Même si la tradition dit que certains habitants de Laboule participèrent aux troubles dits des « masques armés », mouvement social d’opposition assez violent aux hommes d’affaires, hommes de loi qui eut lieu dans le Bas-Vivarais en 1783, et qui leur valut la réputation de « chouans », la paroisse de Laboule restera plutôt à l’écart des troubles comme de l’agitation idéologique qui se développe dans les villes où l’on allait préparer fiévreusement la tenue des Etats Généraux convoqués par le roi Louis XVI. En octobre 1788 eut lieu une réunion afin d’obtenir que le Vivarais soit représenté aux Etats Généraux par un nombre suffisant de députés des trois ordres. En mars 1789, les électeurs des différentes paroisses furent convoqués pour adopter les cahiers de doléances et désigner les délégués devant se rendre à Villeneuve de Berg porter les dits cahiers et élire les députés devant représenter le Vivarais à Versailles lors des Etats Généraux.
En général, les cahiers de doléances furent rédigés par les consuls souvent d’après des modèles que des personnages importants des villes avaient fait circuler et étaient venus défendre dans les villages.

C’est Pierre Debroas, premier consul qui va rédiger et signer le cahier de doléances de la paroisse. Ce cahier sera porté à Villeneuve de Berg par deux représentants de Laboule : Jean-Antoine Coste et François Peytaud. Ce cahier a été conservé, en voici quelques extraits (avec l’orthographe originale) :
« L’an 1789, le 22 jour du mois de mars avant midi, par devant nous Pierre Debroas consul actuel de la communauté et paroisse de Laboule... ont été assemblés au son de la cloche messieurs les conseillers et principaux habitants dudit Laboule compris dans le rolle des impositions à la place publique... et l’assemblée, considérant que l’intérêt du Souverain et celui des Sujets exigent des réformes absolument nécessaires pour guérir des playes de l’Etat, a déclaré unaniment :
1- qu’elle ne cessera de demander la suppression des Etats de la Province du Languedoc et des Etats particuliers du païs du Vivarais dont l’administration vicieuse et abusive a excité les plaintes des citoyens de tous les ordres.
2- que le Roy sera supplié d’accorder aux habitants du Vivarais une Constitution dans laquelle les représentants des trois ordres librement élus seront les organes de la volonté généralle, que le Tiers-Etat formant la classe la plus nombreuse, la plus éclairée et la plus utille, a droit d’obtenir une influance proportionnée à sa contribution aux subsides pour balancer le crédit des deux premiers ordres, il faut surtout que la liberté des sufrages soit respectée, ces principes fondés sur la raison et le droit naturel doivent être la base de la nouvelle Constitution.
3- que l’impôt doit être réparti sur toutes les classes de citoyens indistinctement et en raison de la fortune de chaque individu de quelque nature quelle soit et si on adoptait l’étrange sistème de ceux qui veulent établir un seul impôt territorial, on ruinerait le laboureur qui nourit les autres classes, on découragerait le propriétaire de biens fonds tandis que le riche capitaliste en payerait rien.
4- le tarif du contrôle est inique et absurde, presque tout y est arbitraire. Les commis personnellement intéressés à exiger le plus fort droit font éprouver aux citoyens et surtout à l’homme sans crédit les plus cruelles vexations ; cette formalité prévient les faussetés, mais elle les préviendra égallement si l’on fixe un droit uniforme et modique pour tous les actes.
5- les vices de notre législation civille et criminelle sont générallement reconnus ; les longueurs et les frais immenses que les procès civils entraînent ruinent les familles, il n’existe aucune proportion entre le délit et la peine...
6- la liberté est l’âme du commerce, les droits de traitte, les domaines, les péages et gabelles dans l’intérieur du Royaume doivent être supprimés.
7- le sel doit être randu marchand, lagriculture et nos manufactures de laine ne sont abandonnées que parce que sa cherté excessive ne permet pas aux propriétaires des fonds d’en donner suffisamment aux bestiaux.
8- rappellons une vérité importante et qui n’est pas assez connue. Le déficit occasionné par les déprédations des Calonnes, des Brienne serait comblé peut-être en entier au moyen de la suppression des charges et des emplois des finances qui multipliant les frais à l’infini engraissent de la substance de l’Etat une foule d’hommes inutiles.
9- qu’on rende à la société ces moines opulents qui vivent dans la molesse et que le prix qui proviendra de la vente de leurs biens serve au payement de la dette nationalle.
10- les habitants du Vivarais vivent dans la plus affreuse misère. La plus part ne se nourit que des chataignes et des pommes de terre. Un sol stérile pierreux qui ne peut être soutenu que par des murs en emphitéatre que les pluyes abbatent journellement est leur unique ressource. Ils y plantent l’arbre qui nourrit le ver à soye avec lequel ils procurent appaine l’argent nécessaire pour payer leurs impositions et cet argent ne rentre plus dans la contrée, cette triste vérité est consignée dans l’ouvrage de Mr Necker.
Après quoi les habitants ont nommé pour député Jean Antoine Coste... et François Peytaud... auxquels ils ont donné pouvoir et charge expresse de se rendre à l’assemblée de Villeneuve de Berg à l’effet d’y porter le cahier de doléances et de concourir à l’élection des députés aux Etats généraux. Et ont les sachant écrire signés.
de broas consul »
Suivent une vingtaine de signatures.

Ce cahier de doléances est très largement inspiré d’un texte qui avait circulé dans le pays et que l’avocat d’Aubenas Espic était allé présenter à de nombreuses communautés du Vivarais (mais pas à Laboule). Le cahier de doléances de Laboule reprend donc des articles de ce « modèle », en ajoutant d’autres, en supprimant certains.
Le cahier de doléances « modèle » découle d’un vaste mouvement d’idées issues des thèses défendues par Emmanuel De Launay, seigneur et comte d’Antraigues. C’est d’ailleurs Champanhet, avocat et juge du comté d’Antraigues qui serait venu présenter et défendre le « cahier de doléances modèle » à Laboule. De Launay était un des principaux seigneurs du Vivarais, avait publié en octobre 1788 un ouvrage sans nom d’auteur contenant des affirmations violentes contre le régime monarchique, déjà révolutionnaires. Nombre de ses idées se retrouveront par le célèbre fascicule de Siéyès « Qu’est-ce que le Tiers-Etat ? ». De Launay avait beaucoup voyagé, résidait quelques mois par an à son château d’Antraigues et avait rencontré, fréquenté ou noué une correspondance avec des personnes comme Voltaire, Rousseau, Montgolfier, Necker... Il aura très vite en Vivarais de nombreux partisans : Espic, avocat d’Aubenas, Madier de Montjau, avocat du Bourg Saint-Andéol, Lachadenède, syndic du Vivarais, Malosse, curé de Nieigles et de nombreux magistrat et notables vivarois.
Il faut remarquer que De Launay professait des idées libérales mais qu’il se comportait en féodal sur ses terres, et tout comme ses ancêtres, n’avait jamais été aimé à Antraigues. On disait : « De Launay, libéral à Paris, féodal sur ses terres, » ou « méchant comme un De Launay ». En fait il souhaitait un régime aristocratique et combattait la monarchie car elle avait mis au pas la noblesse. Pendant la Révolution lors de la « grande peur », ses châteaux seront pillés et brûlés (notamment celui de Juvinas), et il émigrera. Il sera alors un agent actif, comploteur de la contre-révolution, puis espion au service des Autrichiens, Russes, Anglais qu’il trahira à tour de rôle, permettra à Napoléon Ier d’arrêter et faire condamner Pichegru grâce à des papiers trouvés en sa possession, puis sera assassiné en Angleterre en 1812 avec sa femme, la Saint-Huberty, une ancienne comédienne et danseuse.
C’est avec un certain enthousiasme que Jean-Antoine Coste et Vincent Peytaut, pour Laboule, vont retrouver à Villeneuve de Berg les représentants des communautés vivaroises groupant plus de 120 feux pour apporter les cahiers de doléances, en faire la synthèse et élire les représentants du Vivarais aux Etats généraux. Seront élus : pour le Tiers-Etat : Espic, Madier de Monjau, Dubois-Maurin, Defrance. Pour la noblesse : Emmanuel De Launay et Cérice De Voguë. Pour le clergé : Charles Lafont de Savine, évêque, et le curé Chauvel.


B / DESILLUSIONS ET TROUBLES
Rapidement, et surtout à la suite de la Constitution civile du clergé, le Bas-Vivarais va s’enflammer et être le théâtre d’une « petite chouannerie ». La plaine de Jalès allait devenir le lieu de réunion de prêtres réfractaires et bientôt de ceux qui s’opposaient à la direction qui prenait la Révolution. Deux grands rassemblements auront lieu en 1790 et 1791, regroupant des milliers de participants venus de tout le Bas-Vivarais, de la montagne. Les gardes nationales de Rocles, Joannas, Valgorge et Laboule ont participé à ces rassemblements puisque on les voit notamment arriver à Largentières le 20 février 1791, en route vers Jalès. La municipalité de Largentières, où dominaient déjà les révolutionnaires exaltés leur demande de rebrousser chemin, ce que ne firent pas ces gardes nationales. Plusieurs personnes de Laboule étaient membres de ces gardes nationales. Mais ces deux rassemblements seront des échecs à cause des différences de motivation des participants, où l’on retrouve des contre-révolutionnaires mais aussi d’authentiques « patriotes », favorables aux idées de 1789 et faisant leur ce slogan : « la foi, le roi, la loi, la nation ». L’échec sera imputable aussi à l’indécision des chefs, notamment Chastanier De Burac, hésitant à entrer en conflit ouvert voire violent avec les autorités. Après ces deux rassemblements, François de Saillans cherchera en 1792 à soulever le Bas-Vivarais mais échouera. Les troubles contre-révolutionnaires seront dès lors le fait de bandes isolées, groupant par moment des centaines de personnes (celle de Dominique Allier) ou plus restreintes, conduites par des chefs qui tiendront la campagne, mi-chouans mi-brigands, trouvant souvent appui auprès de la population avant d’être pris ou de se rallier une fois les excès de la Révolution terminés.
Si les paroisses de Joannas et Rocles seront affectées par les troubles (arrestation de plusieurs personnes notamment les anciens seigneurs, nobles, prêtres, maire, etc…, actions violentes de la bande de Jean-François Deroudilhe de Joannas….), Laboule restera à l’écart de l’agitation. Les seuls événements seront en liaison avec les problèmes politico-religieux nés de la Constitution civile du clergé. Le curé de Laboule était depuis 1780 Paul Experton. Prêtre réfractaire, il continua néanmoins à célébrer les offices la nuit, se cachant le jour dans une grotte située le long du ruisseau des Chabannes, grotte dans laquelle on pouvait accéder en passant sous l’eau d’une petite cascade. Certaines familles de Laboule, la nièce de l’ex vicaire de Loubaresse, Madeleine Ceysson, aidaient matériellement Paul Experton, lui apportant vivres jusqu’à la grotte, d’autres guettaient pour prévenir de l’arrivée de troupes républicaines. Néanmoins en 1792, l’abbé Experton sentit que sa sécurité n’était plus assurée et il décida de quitter la région. Laboule se trouva alors dépourvu de prêtre et c’est Jean-Pierre Sévenier, prêtre réfractaire de Valgorge qui venait de temps en temps de nuit pour célébrer en cachette baptêmes et mariages. Experton avait été remplacé par un curé constitutionnel, Boissel, mais les habitants voulaient faire renouveler les sacrements devant un curé réfractaire, par opposition et aussi par crainte que des sacrements célébrés par un prêtre constitutionnel n’aient aucune valeur. Vers 1795, lorsque les persécutions contre le clergé eurent cessé, Paul Experton revint à Laboule ce qui provoqua le départ du curé Boissel. Paul Experton demeura curé de Laboule jusqu’à sa mort survenue en 1818, il a été enterré sous le porche de la petite église de Laboule où ses cendres reposent encore.
Il faut également remarquer que le « ci-devant seigneur » de Laboule, Valgorge, Jean-Roch de Jossouin eut à subir les foudres de la « société des amis de la liberté et de l’égalité » de Largentières. Le 9 avril 1793, il est déclaré suspect. Il sera ensuite arrêté et détenu au château de Largentière. Le 9 septembre 1793, la « société des amis... » estime qu’il est laissé trop de commodités aux prisonniers détenus au château et demande qu’ils soient enfermés dans les tours. Ce qui sera fait. On a déjà arrêté son épouse qui se trouve avec d’autres femmes, notamment celles de la famille Julien, ancien seigneur de Vinezac, détenues. Jean-Roch de Jossouin, la famille Julien, et d’autres personnes (la famille De Comte, anciens seigneurs de Tauriers,... ) seront ensuite transportés en début d’année 1794 à Viviers, dans l’ancien séminaire transformé en prison d’état. Ils attendaient d’être jugés et peut-être envoyés à la guillotine quand la chute de Robespierre ajourna leur procès. Le nouveau représentant en mission Serres ordonna leur libération le 9 décembre 1794 après avoir pris l’avis du comité révolutionnaire du district du Tanargue et de la société populaire de Largentière où les extrémistes avaient laissé la place à de plus modérés.

IV / LA VIE QUOTIDIENNE

Le paysan vivarois habitant entre Joannas et Valgorge est un « rayol », un habitant des pentes. Il doit effectuer un travail rude, toujours lutter contre l’érosion qui emporte la terre, remonter celle-ci après grosses pluies et orages. Mais la terre représente tout pour lui, c’est son bien, sa mère nourricière. Sa position sociale dépendant de la taille de son exploitation, il va essayer d’agrandir celle-ci, de transmettre à son héritier désigné une terre plus grande que celle qu’il a reçue de son père. Mais les pauvres, les petits propriétaires ou même les « sans terre », ceux qui louent leurs bras ne sont pas méprisés pour autant. En effet le travail est une valeur dominante, seuls les fainéants sont méprisés, ceux qui dilapident leur bien. La solidarité villageoise n’est pas un vain mot. On se rend de multiples services, notamment dans le travail des terres qu’on ne paye pas mais que l’on rend. Et s’ils sont « âpres au gain » les paysans ne cherchent pas vraiment à accumuler de l’argent, celui qu’ils ont va servir à acquérir une terre. Cette vie rude, que l’on connaît depuis des siècles va servir de cadre et imposer ses contraintes dans tous les actes de la vie quotidienne.


A / L’HABITAT
1°) LA MAISON
La maison du paysan doit surtout être fonctionnelle. L’architecture dépend des conditions naturelles et économiques. On va utiliser ce que l’on a sous la main. C’est ainsi que nous retrouverons en fonction de ces conditions, par exemple des toits de lauzes (grandes pierres plates), de chaume, de genêts. Si la lauze résistait longtemps (plus de cent ans), elle nécessitait l’emploi de charpentes énormes à cause de son poids. Par contre les toits de genêts ou de chaume, s’ils ne nécessitaient pas de charpentes monumentales, devaient être refaits tous les 25 ans environ et réparés pratiquement chaque année. La maison elle-même est très simple, rectangulaire avec des murs formés de gros blocs de pierre de schiste, non crépis. En général, elle sera orientée vers le midi.
Le logis consistait souvent en une seule grande pièce, servant de cuisine, chambre à coucher, etc... Occupant tout un côté de la pièce, une immense cheminée de pierre est souvent bâtie hors de la maison, le mur principal étant évidé. Cette cheminée est l’âme de la maison, c’est le centre de vie qui sert à chauffer la pièce, à faire cuire les repas mais aussi c’est autour d’elle que se nouent les conversations lors des veillées ou que se font les divers travaux artisanaux.
Une simple cloison séparait souvent le logis de l’étable, la chaleur des animaux servait aussi à protéger les hommes du froid. Dans cette étable, vaches, moutons, porcs sont séparés par des boxes. Au-dessus de l’étable se trouve la grange, et l’on peut ainsi projeter la nourriture du bétail par des trappes pratiquées dans le plancher. On accède à cette grange de plein pied par derrière car souvent la maison est adossée à un tertre de terre. Sinon une montée de terre permet l’entrée du foin, de la paille, dans la grange. Ces pièces sont peu éclairées, car pour lutter contre le froid, on utilise généralement des lucarnes dans les granges, fenestrous et fenêtres de petite dimension ailleurs.
Au sous-sol, on trouvera généralement dans toutes les maisons une cave, ou remise de matériel, ou encore une annexe à l’étable. Parfois, notamment en altitude plus basse, les écuries se trouvent au-dessous du logis réservé aux hommes.
Près de la maison, à quelques mètres, nous trouvons le four et le séchoir à châtaignes.
Tous les sols de la maison sont constitués de dalles de pierre ou de terre battue.
La maison des nobles n’est que très rarement un château au sens médiéval du terme ou au sens de luxueuse demeure. Il y a longtemps aux XVIIème et XVIIIème siècles que les orgueilleux donjons du Moyen-Age ne sont plus que ruines délaissées par leurs hommes et leurs pierres séculaires ne servent guère qu’aux paysans qu’à s’approvisionner pour bâtir ou réparer leurs maisons. Avec la fin des troubles des guerres de religion, la fonction-protection du château est tombée en désuétude. En fait, les habitations de la plupart des nobles vivarois ne sont que des grosses bâtisses, manoirs parfois imposants, avec une petite tour, mais le plus souvent ressemblant à de grosses fermes. Ainsi, à Valgorge, le château de Chastanet, où est né par exemple le marquis de la Fare, n’est qu’une grosse bâtisse carrée.
2°) LE MOBILIER
Avant le XVIIème siècle, le mobilier est presque inexistant ou alors on ne lui accorde que peu de valeur. Par contre au XVIIème siècle et surtout à partir du début du XVIIIème, chaque famille lui donne plus d’importance. Tout comme la maison, il doit être fonctionnel, simple et robuste. Le bois utilisé est surtout le châtaignier, parfois le sapin. Il a été réalisé à partir de bois brut, à coups de hache par des artisans locaux ou bien même par le maître de maison. Comme la maison habitée par les hommes se compose d’une seule pièce, on réunit là tout ce qui peut servir à la vie de tous les jours, c’est à dire manger, dormir, travailler, ranger vêtements et ustensiles. C’est ainsi que chaque demeure contiendra plusieurs coffres en bois qui servent aussi de bancs. Ces coffres sont trapus et chacun a sa fonction particulière : contenir les vêtements, les ustensiles usuels ou le sel.
Le meuble qui semble être le principal dans la maison est le pétrin ou la maie. Il sert aussi et même surtout de table quand on le recouvre d’un plateau et trône au milieu de la pièce. L’armoire est un meuble lourd, peu esthétique, parfois garni de sculptures, carré, qui se passe de générations en générations et sert à entreposer les vêtements de cérémonie, les papiers personnels et même parfois des produits alimentaires (laitages...). Quant aux lits, ils peuvent être en bois de châtaignier, ce peut être simplement une sorte de caisse hissée sur pieds et contenant un matelas constitué souvent d’un tapis de feuilles ou de paille. Le lit pourra être dissimulé derrière des rideaux ou bien on trouvera aussi des lits-placards qui permettent d’économiser de la place. Les draps sont souvent en toile de lin et leur nombre traduit la richesse du foyer. Il en faut en général beaucoup, car même si on ne les change pas souvent, on ne fait la lessive que 3 ou 4 fois par an.
L’horloge est souvent présente, les plus anciennes n’ont qu’une aiguille. Leur caisse peut être d’origine, elle est alors sculptée, avec des fleurs de lys que la Révolution ordonnera d’effacer, ou bien des menuisiers locaux ont pu à partir d’un mécanisme ancien reconstituer une caisse qui sera alors très simple.
Il y a peu d’ustensiles dans la maison. Ils sont tous à fonction utilitaire à part quelques images pieuses ou bouquets de fleurs séchées... On les retrouve sur quelques étagères accrochées aux murs : pots en étain ou en cuivre, assiettes, plats et la lampe (le chaleil). Il peut y avoir aussi dans la maison un arrosoir, des chaudrons de cuivre placés dans un coin. Au plafond pendent des quartiers de lard, ou des tommes en train de sécher sur de la paille, posées sur des claies accrochées aux poutres.

B / METIERS ET TRAVAUX
Les métiers en Vivarais aux XVIIème et XVIIIème siècles étaient surtout ceux de la terre, de l’artisanat ou avaient trait aux échanges et commerce. Néanmoins, dans chaque village un peu important il y avait plusieurs « hommes de loi », procureur, notaire, avocat..., qui jouaient le rôle de notables. Parmi les paysans de grandes différences existaient entre le riche « mesnager », propriétaire de terres importantes et le simple « journalier », c’est à dire ouvrier agricole, souvent à la limite de la mendicité. La terre était le bien essentiel, synonyme de propriété et richesse, déterminant le statut et la position sociale, mais aussi moyen de production donc source de subsistance, garantie contre les disettes, famines, misère. Le but que visait tout paysan vivarois était d’agrandir sa terre, de l’utiliser à l’optimum de ses capacités avec les faibles moyens techniques d’alors, soit en culture soit en l’arrentant pour en tirer des revenus. Si le paysan poursuivait ces objectifs, c’était par goût du gain, avidité, mais aussi pour mieux assurer son avenir et celui de ses descendants.
1°) L’AGRICULTURE
Les conditions naturelles autour de Laboule n’ont jamais été favorables pour le travail de la terre. En effet le sol devait être mis en valeur par un travail harassant, toujours à recommencer : il fallait construire de petits murets appelés « faïsses » pour retenir la terre que trop souvent un orage ou simplement l’usure du temps et l’érosion naturelle obligeait à remonter sur son dos avec cette sorte de sac appelé « sacol ».
Le paysan pratiquait surtout l’autoconsommation, peu de produits étaient vendus sur les marchés voisins si ce n’étaient quelques oeufs, volailles, fruits et légumes. Le peu d’argent tiré de ces ventes permettait de payer l’impôt et de se procurer ce que le paysan ne pouvait produire lui-même, souvent quelques objets, outils, sel, etc..., une part infime de la consommation.
- les châtaignes : Pendant longtemps les châtaignes ont été les principales ressources, la production essentielle à la survie du paysan vivarois lorsque les conditions climatiques avaient été telles qu’elles avaient amené une situation proche de la disette. Le châtaignier était donc l’arbre-roi, servant aussi à nourrir porcs et moutons. C’était vraiment « l’arbre à pain ». Selon les régions, les paroisses du Vivarais, de 10 % à 70 % des terres étaient constituées de plantations de châtaigniers, en général abondant entre 600 et 900 mètres d’altitude. Très souvent, à cause du manque de terre et par souci d’utiliser au mieux les capacités, les paysans cultivaient sous les châtaigniers des céréales, pommes de terre, légumes. Les châtaigniers étaient taillés au début du printemps, on nettoyait les châtaigneraies en septembre et la récolte pouvait commencer dès octobre. Cette récolte revêtait une importance capitale, toute la famille y participait et parfois on engageait quelques journaliers dans les grandes propriétés. Ramasser les châtaignes qui étaient déjà à terre, faire tomber celles restées dans les arbres, les transporter, dégager les châtaignes de la bogue piquante étaient un travail artisanal réalisé avec des outils primitifs.
Après la récolte il fallait trier les châtaignes. Les plus petites, les véreuses seront réservées aux porcs, quelques autres seront consommées telles quelles pour les besoins immédiats, la plupart sera séchée et consommée tout au long de l’année. Le séchage des châtaignes est un acte essentiel, très ancien et vital pour l’avenir du paysan et de sa famille. Cela sera réalisé dans la clède, petit bâtiment de pierre près de la maison ou plus éloigné à cause des risques d’incendie. Cette clède est composée d’un rez de chaussée et d’un étage. Entre les deux, une sorte de plancher laissant un léger vide entre les planches qui le composent. A l’étage supérieur on videra les châtaignes sur ce plancher de façon à ce qu’elles forment une couche d’environ 30 cm d’épaisseur. Puis au rez de chaussée on allume un feu, le plus souvent avec du bois de châtaignier, qui devra durer plusieurs semaines (un mois environ), ne pas faire de flammes mais beaucoup de fumée. On devait aussi remuer tous les jours la couche de châtaignes. Dans les petites fermes qui n’avaient pas de clède (et aussi en général peu de châtaignes), ce travail se faisait dans la maison même, on pouvait utiliser la cheminée mais cela avait l’inconvénient d’enfumer toute la maison. Une fois les châtaignes séchées, il fallait retirer les peaux encore adhérentes. C’est ce que l’on appelait le pisage. Cela consistait à enlever la peau des châtaignes séchées en tapant dessus selon différents procédés, soit au moyen d’un outil en forme de très gros pilon, d’un instrument à pointes, en les foulant avec de grosses chaussures aux semelles garnies de pointes de fer dentées en scie, ou même en enfermant les châtaignes dans un grand sac et en battant fortement le sol avec ce sac.
- céréales, foin et moissons : avec les châtaignes le seigle représentait une des ressources essentielles des familles paysannes. Il était surtout utilisé pour faire le pain. On cultivait aussi le blé si les conditions naturelles (terre et climat) le permettaient. Après le ramassage des châtaignes, les moissons étaient certainement le moment fort de l’activité paysanne. On utilisait pour cela de grandes faucilles et on faisait appel au maximum de main-d’oeuvre. Les hommes de la famille maniaient ces faucilles et les femmes et les enfants faisaient les gerbes qui étaient liées à la main avec une poignée de tiges. On disposait ces gerbes de part et d’autre d’un énorme morceau de bois, les épis vers l’intérieur, et on avait ainsi un gerbier rectangulaire qui resterait dans le champ jusqu’au battage. Il fallait souvent mobiliser d’autres personnes pour ces moissons, ce pouvait être des voisins auxquels on rendrait la pareille, ou bien des « meyssonniers », habitants de la montagne qui descendaient se louer dans les fermes de la plaine en début de saison des moissons puis remontaient progressivement vers les hauteurs en suivant l’arrivée à maturité des céréales, pour terminer la fin de saison sur les hauts plateaux, parfois dans leurs propres champs.
A la fin des moissons était organisée une grande fête, avec repas traditionnel copieux, à laquelle participaient les hommes de la famille propriétaire, les faucheurs, domestiques, journaliers...etc. Cette fête appelée « reboule » était un instant privilégié de la vie villageoise. On mangeait le jambon, on racontait des histoires, on dansait parfois, on buvait toujours. Il ne restait plus qu’à battre pour séparer paille et grain. C’était parfois l’occasion d’une nouvelle reboule.
La fauchaison ressemblait beaucoup aux moissons. C’était un travail très dur, effectué parfois pendant 15 heures par jour en juin-juillet. Le foin était coupé à la faux, éparpillé et mis à sécher sur le pré, puis ramassé à la fourche et rentré dans les granges. Afin de ne rien perdre, les femmes râtelaient les prés tondus avec de grands râteaux de bois.
- la vigne : dans les régions du Vivarais les plus favorisées par le climat, on se livrait à la culture de la vigne. Mais ce n’était pas le cas à Valgorge ou à Laboule à cause de la trop haute altitude. Par contre, pas très loin, les habitants de Rocles et Joannas dont les terres jouissaient d’une bonne exposition au soleil faisaient leur propre vin, parfois même en vendaient aux « pagels » (habitants des hauts plateaux) par l’intermédiaire des muletiers.
- autres récoltes : à côté de ces récoltes essentielles, le paysan se livrait aussi à la culture de quelques légumes pour améliorer son ordinaire, les vendre au marché et gagner quelque argent. Ces principaux légumes étaient les pois, raves, pommes de terre. Quelques fruits étaient aussi cultivés : des pommes, poires, figues....
-l’élevage : chaque ferme élevait pour ses propres besoins quelques porcs, rarement plus de 3 ou 4 dans l’année. En décembre c’était la « tuada », grande fête à laquelle tous les voisins étaient conviés et au cours de laquelle on allait consommer une partie du porc qui ne serait pas préparée pour être gardée plusieurs mois.
Il y avait très peu de bovins, pratiquement pas de boeufs, parfois quelques vaches laitières qui servaient aussi de bétail de trait. On élevait quelques chèvres, mais celles-ci avaient mauvaise réputation à cause des dégâts qu’elles occasionnaient aux plantations, notamment en détruisant les jeunes pousses. Le lait était utilisé en partie pour les besoins journaliers et en partie pour faire de la « caillée », du fromage et du beurre. La caillée était faite avec du lait et de la présure, on pouvait la consommer telle quelle, ou bien on enlevait le petit lait et avec le reste on remplissait des faisselles que l’on mettait à sécher dans des sortes d’étagères suspendues aux poutres du plafond. Plusieurs mois plus tard on aurait du fromage. En général le fromage au lait de vache était consommé en famille, on essayait de vendre celui fait au lait de chèvre. Le beurre était obtenu en brassant à la baratte la crème qui avait été prélevée dans le lait. C’était plutôt un travail destiné aux femmes et chaque maîtresse de maison avait l’habitude de décorer « à sa marque » les pains de beurre produits.
Les bêtes les plus nombreuses sont les moutons. Chaque paysan possède son troupeau. L’entretien du troupeau, la garde sont parfois confiés aux enfants mais très souvent on fait appel à des bergers. Les plus riches paysans ont leur propre berger, souvent un ancien de la famille, par exemple un vieil oncle célibataire, mais les autres habitants se groupent et engagent un berger communal. Ces bergers sont peu payés mais ont le gîte et le couvert. Le paiement est assuré par chaque propriétaire en proportion du nombre de bêtes mises au troupeau communal. Ainsi à Laboule, chaque matin le berger communal rassemble « son » troupeau, l’emmène dans les pacages et revient le soir au son de la trompe pour prévenir chaque paysan qui récupère ainsi ses bêtes. Le berger communal mangera et dormira à tour de rôle chez chaque propriétaire de bêtes.
Un « élevage » de « bêtes » un peu particulier était également très répandu dans tout le Bas-Vivarais du XVIème au XIXème siècle : il s’agit de l’élevage (de « l’éducation ») des vers à soie. Pratiquement chaque famille, et notamment au milieu du XIXème siècle a son élevage de vers à soie. Il a fallu pour cela planter des mûriers. L'élevage des vers à soie représente un revenu non négligeable pour la famille, revenu obtenu au début de l’été. Pour son élevage, le paysan a dû organiser sa magnanerie, un petit local bien aéré, assez éclairé mais où le soleil ne doit pas entrer. Ce peut être un local qui a d’autres fonctions à d’autres périodes de l’année mais que l’on aménage chaque année pour éduquer le ver à soie. Pour cela on a enlevé les vitres pour favoriser l’aération et on les a remplacées par du papier huilé, de la toile, ce qui tamise la lumière du soleil.
2°) L’ARTISANAT
L’artisanat est présent dans les villages. Il s’agit soit de paysans qui vivent presque en autarcie et fabriquent les petits objets dont ils ont besoin. Ils peuvent filer la laine, le chanvre, dévider les cocons quand on élevait le ver à soie, cela le soir près de la cheminée notamment lors des grandes veillées d’hiver. Mais il peut y avoir déjà une division du travail et des artisans qui travaillent pour vendre ou échanger. Par exemple l’élevage de moutons permet d’obtenir de la laine, celui des vers à soie donnera la soie, et la culture du chanvre est non négligeable. On trouve ainsi de nombreux cardeurs, fileurs, tisserands. On fait des tissus de soie, de laine mais surtout de cadis, étoffe grossière. De même certains gros bourgs (comme Valgorge) ont un cordonnier-sabotier qui fait des souliers, sabots, sur mesure.
3°) LE COMMERCE
Les foires ont été très développées en Vivarais et constituaient un point fort de la vie économique locale. Elles viennent en plus des petits marchés locaux, et rassemblent même des « étrangers », font vivre de nombreux cabarets et auberges. Non seulement on peut y écouler des produits locaux de consommation habituelle (oeufs, fruits, légumes, fromages, volaille... ), mais aussi on y vient pour vendre ou acheter du bétail, certains biens amenés par des colporteurs. C’est un lieu de sociabilité essentiel, où l’on se retrouve pour s’informer, commenter les nouvelles. Assez souvent également des violences sont commises, plus ou moins graves, car les relations sont souvent conflictuelles entre habitants de différents villages, entre rayols et pagels... La foire obéit à certains rites, notamment lors des discussions et négociations à l’occasion des ventes. Ces négociations sont serrées, âpres, chaque partie essaie de défendre au mieux ses intérêts, la ruse, le calcul ont leur place, mais quand on s’est décidé à faire affaire, on se tape dans les mains, c’est la pache, cela vaut tous les engagements écrits du monde et malheur à celui qui ne tiendrait pas sa parole donnée, son honneur serait gravement sali.
Certains commerçants ou artisans ambulants s’arrêtent parfois dans les villages, font les diverses foires. Ils pratiquent de petits métiers comme rétameurs qui réparent casseroles, chaudrons de cuivre, etc., réparateurs de porcelaine. Ils vendent de menus objets : des aiguilles, des couteaux, des lacets, des boutons, des images pieuses, quelques bijoux de pacotille...
Les muletiers étaient nombreux en Vivarais cévenol. Beaucoup de villages comportaient un ou plusieurs muletiers avec ses mulets. Ils allaient jusqu’aux bords du Rhône, du Bas-Vivarais, puis chargés de vin, d’huile, de sel, montaient vers le plateau en empruntant de vieilles voies romaines pour redescendre chargés de blé, de seigle, de fromage, de bois. Chaque muletier possède plusieurs bêtes, cela peut aller jusqu’à une trentaine, et cet équipage qui passe dans chaque village constitue une véritable attraction. Les mulets sont décorés de grandes plaques de métal, chacun a un nom, les muletiers sont habillés d’une veste de cadis blanc, avec un gilet aux gros boutons de cuivre, des guêtres, une grande ceinture, un chapeau de feutre.
4°) HOMMES DE LOI, PROCES
Aux XVIIème et XVIIIème siècles, presque tous les habitants sont des ruraux, propriétaires de petites parcelles. Ils sont souvent illettrés, ou connaissent mal droits et obligations. Les conflits sont fréquents sur les limites des terrains, des contrats non respectés, sur le respect de telle ou telle obligation. Ils sont donc obligés d’avoir recours à des hommes de loi et ceux-ci sont très nombreux, chaque village possède ses notaires, avocats, procureurs... Les notaires, dont certains sont royaux, vont consigner les obligations, établir les contrats, les conventions, etc... Malgré cet important travail confié aux notaires, les procès seront fréquents. Ce sont surtout des procès civils, souvent interminables, qui peuvent ruiner les familles. On accuse parfois les procureurs de les faire traîner pour s’enrichir.
5°) HOMMES D’ EGLISE
Le clocheron peut être cité avec les hommes d’Eglise. En effet il est chargé de sonner les cloches pour annoncer les joies et cérémonies religieuses qui rythmaient la vie des villageois (baptêmes, mariages, offices religieux divers... ), mais aussi prévenir lors des décès. Il doit chaque jour sonner trois fois l’angélus, parfois le tocsin, et c’est au son de la cloche que les notables (consuls et principaux habitants de la communauté) se réunissent pour parler de la gestion des affaires publiques, souvent dans le cimetière. Le clocheron fait souvent office de fossoyeur, il fait les quêtes lors des messes. Il est également chargé de faire sonner les cloches à toute volée si on sent qu’un orage s’approche, le son des cloches ayant, croit-on, la vertu d’éloigner la foudre. Nombre de clocherons sont d’ailleurs morts frappés par la foudre au sommet du clocher quand ils remplissaient cette fonction. Le clocheron est fort peu payé, il touche un fixe lors des enterrements, des messes, mais on lui glisse la pièce lors des baptêmes et mariages, et il peut aussi arrondir son salaire en passant deux à trois fois par an chez les habitants pour recevoir des étrennes qui seront d’autant plus importantes que le clocheron a bien réussi à éloigner les orages des récoltes.




C / NOURRITURE ET REPAS
La nourriture dépend très étroitement de l’agriculture. Entre Joannas et Valgorge, la châtaigne tient une place de choix. Le châtaignier est « l’arbre à pain ». Son fruit est à la base de l’alimentation, il permet de surmonter les disettes. La châtaigne se consomme sous diverses formes : fraîches à l’automne, séchées et ajoutées à de la soupe et du lait (le cousinas) tout au long de l’année. Les châtaignes les plus petites, celles qui sont véreuses serviront à finir à engraisser le porc. Les pommes de terre sont aussi consommées en quantité, bien avant Parmentier. Le pain est également la nourriture de base de la famille. Fait de céréales pauvres, notamment de seigle, il est cuit au four de la ferme, à celui du voisin, du hameau ou de la paroisse et en quantité telle que l’on en mangera pendant 15 jours ou un mois avant de faire une nouvelle fournée.
Chaque famille élevait son cochon, parfois deux. Le cochon était tué le plus souvent en décembre et cette « tuade » donnait lieu à de nombreuses réjouissances auxquelles étaient conviés les voisins qui étaient venus aider. On allait tout utiliser du cochon, en faisant du boudin, des saucisses, des saucissons, des pâtés, des caillettes, du jambon, du lard, du graton. Tout cela allait être consommé plus ou moins rapidement, dès le soir de la tuade, entre voisins et villageois, puis tout ce qui pourra se conserver tout au long de l’année.
L’on avait souvent quelques têtes de bétail, rarement des vaches, le plus souvent chèvres et moutons. On faisait alors quelques froma


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